Guerre électronique en Ukraine, quels enseignements ?

Les moyens et le niveau de compétence de la Russie en termes de guerre électronique sont largement connus et documentés. Pourtant, lors de cette guerre, beaucoup d’observateurs ont été surpris par la place, apparemment assez limitée, occupée par les opérations de guerre électronique sur le champ de bataille, au point que certains médias ont parlé « d’échec russe sur le spectre électromagnétique ». Effets militaires surestimés, matériel russe sous-performant, compétences russes surévaluées ? De leur côté, les forces ukrainiennes ne sont pas inactives dans le domaine. On l’oublie un peu mais l’armée ukrainienne est une héritière de l’armée soviétique et elle possède donc également une bonne culture de la guerre électronique même si elle est, matériellement parlant, bien moins pourvue que son adversaire.

Comme souvent, la réponse n’est pas si simple, le potentiel d’un outil est une chose, le contexte dans lequel il est utilisé en est une autre car il apporte ses propres contraintes et limitations. Loin  d’être absents, les différents aspects de la guerre électronique ont un rôle important dans cette guerre même s’ils ne sont pas aussi visibles qu’attendu.

Les limites de la guerre électronique offensive russe dans le contexte ukrainien

La guerre électronique russe est réputée pour être une des meilleures du monde et pourtant, à part quelques brouillages GPS observés localement[1] et de manière ponctuelle, les moyens de brouillage russes se sont faits globalement très discrets.

Les Russes ont surtout concentré leurs capacités en ce domaine sur les équipements terrestres, avec des stations mobiles d’écoute et de brouillage. Ils disposent bien d’avions comme les 3 IL-22PP modernes, les 7 AN-12PPS déjà anciens ainsi que d’une quinzaine de nacelles de brouillage SAP-518 et SAP-14 pouvant équiper les SU-30SM et MK, SU-35 et SU-34, mais c’est bien peu comparé aux plus de 200 aéronefs spécialisés dont disposent les USA (F-18G Growler, RC-135V/W, EC-130, RC-12, E-6 Mercury, EP-3 Aries II etc..). En pratique, les IL-22PP et AN-12PPS ne peuvent opérer au-dessus de territoires disposant de systèmes anti-aériens actifs, ces plateformes de transport étant bien trop vulnérables. D’ailleurs, si au moins un IL-22PP a été aperçu en Biélorussie, aucun vol ne semble avoir été effectué au-dessus du territoire ukrainien. Les quelques nacelles de brouillage disponibles ont équipé les SU-30 et SU-35 chargés des missions de suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD) avec les missiles anti radar KH-31P.

IL-22PP

Premier point. Les systèmes de brouillage aéroportés sont plus particulièrement adaptés à une manœuvre offensive tandis que les stations de brouillage au sol sont, elles, plus appropriées dans le cadre d’une manœuvre défensive. Les appareils, comme le fameux Krasukha-4, sont conçus principalement pour brouiller les radars et les avions adverses (chasseurs et avions radars) qui viennent à s’approcher ou à pénétrer le territoire défendu : ils participent donc à la mission de déni d’accès (A2/AD) aux côtés des ensembles de défense sol/air. Si le Krasukha-4 a, également, la capacité de brouiller des systèmes sol/air, la portée efficace est réduite à quelques kilomètres (inter-visibilité électromagnétique liée à l’horizon radar), ce qui implique un effet tactique très localisé et obligerait donc à risquer ces matériels très (trop) près de la ligne de front. L’aviation de chasse ukrainienne ayant rapidement été réduite à la portion congrue et étant fortement contrainte, par l’aviation et la défense anti-aérienne russes, à évoluer à basse altitude sans s’aventurer au-delà de la ligne de front, ce type de brouilleur n’a que peu d’intérêt opérationnel. A contrario, le brouillage aéroporté permet de perturber les communications et les radars assez loin à l’intérieur du territoire adverse, ce qui est particulièrement intéressant dans une manœuvre offensive. Cependant, les moyens de guerre électronique aéroportés dont disposent les forces russes sont très insuffisants en quantité pour soutenir efficacement l’avancée d’une force d’invasion.

1RL257 Krasukha-4

Deuxième point. Les problèmes dans les communications militaires des forces russes. Un matériel peu fiable et difficile à utiliser les a obligées, tout comme les forces ukrainiennes qui manquent de radios militaires, à avoir recours à des solutions civiles (radio PMR- talkie-walkie-, internet, GSM…) ; il leur devient donc impossible de perturber les bandes de fréquences civiles ou de détruire les infrastructures associées. De plus, la Russie manque de moyens de renseignement ISR (Intelligence Surveillance Reconnaissance) et compense par un large usage d’agents infiltrés. Or, ces agents doivent pouvoir communiquer leurs renseignements, ce qui implique également de laisser les réseaux de communication civils actifs. Les Russes n’avaient donc que des inconvénients à réaliser des actions de brouillage massifs sur les moyens de communication civils. Néanmoins, il a été rapporté que les troupes débarquées ont utilisé le système de guerre électronique portable REB-N Lesochek. Bien que conçu initialement pour brouiller les dispositifs de détonation des engins explosifs improvisés  (RCIED), le système peut aussi être utilisé contre les radios très/ultra haute fréquence (V/UHF). Le REB-N Lesochek est donné pour pouvoir brouiller des émetteurs dans un rayon d’environ 7 km. De même, le brouilleur anti RCIED monté sur véhicule RB-531B Infauna a une portée efficace d’environ 20 km. A noter que, depuis que l’armée russe s’est davantage concentrée sur le Donbass, elle est moins dépendante des équipements radio et des réseaux civils ukrainiens. Les liaisons téléphoniques et internet des territoires occupés étant intégrés aux circuits russes, cela leur permet de les utiliser à moindre risque. De fait, il a été observé une augmentation des actions de brouillage effectuées par les Russes à l’encontre des moyens radios utilisés par les Ukrainiens sur la ligne de front puisqu’ils en sont eux-mêmes un peu moins dépendants.

Troisième point. Les drones, le reliquat de l’aviation ukrainienne et les roquettes longue portée font peser une menace constante et généralisée sur l’ensemble du front et au-delà. En conséquence, les forces russes devraient, dans l’idéal, maintenir en permanence leurs systèmes sol/air en fonction (les problèmes logistiques en ont toutefois décidé autrement au début du conflit[2]). Or les Ukrainiens utilisent des systèmes sol/air globalement de même modèle que ceux utilisés par les Russes, il est donc difficile de faire un brouillage discriminé de systèmes identiques. Comment, dans ces conditions, activer des systèmes de brouillage qui risqueraient de les priver de ces défenses anti-aériennes indispensables compte tenu de la menace permanente qui règne ?

La situation très particulière de la guerre en Ukraine (utilisation de matériels identiques, menace de l’aviation ukrainienne réduite, dépendance aux moyens de communication civils…) limite les possibilités d’emploi et l’intérêt du brouillage par les forces russes sans que cela révèle pour autant un échec de leurs actions dans le domaine.

La guerre électronique offensive ukrainienne

La situation est assez similaire pour les Ukrainiens, même s’ils disposent de beaucoup moins de moyens de brouillage que leur adversaire.  De toute façon, la perturbation des communications civiles les handicapent tout autant que les Russes. Bien qu’en position défensive, les armées ukrainiennes ne semblent pas disposer d’équipements adaptés pour contrer l’aviation russe du point de vue du brouillage. Il n’y a guère que dans le domaine des liaisons HF, largement employées par les forces russes qui utilisent peu les liaisons satellites, que les forces ukrainiennes ont pu réellement gêner leurs transmissions.

On notera, côté ukrainien, que leur aviation semble désormais en mesure d’effectuer des missions de suppression des défenses sol/air ennemies (SEAD) grâce à l’intégration sur MIG-29 du missile anti-radar AGM-88D HARM fourni par les USA[3]. Toutefois, selon toute probabilité, cette intégration est très limitée car les MIG-29 ukrainiens ne peuvent pas admettre ce type d’armement dans leur système d’armes sans une profonde et complète modernisation de l’avionique. De fait, seule une intégration très minimaliste a dû être réalisée, permettant juste l’emport et le tir du missile par le pilote à partir d’une tablette ou d’un boîtier de commande rajouté pour la circonstance. Dans ces conditions, le missile ne peut être utilisé que selon un seul mode, appelé « Pre-Briefed (PB) »[4], qui ne nécessite pas d’interaction avec le système de combat de l’appareil. Ce procédé permet le tir du missile vers la position connue ou probable d’un radar (conduite de tir ou radar de veille) à la manière d’un missile de croisière (guidage inertiel recalé par GPS pour la version D du missile), en espérant que ce radar soit actif ou s’active pendant le vol du missile afin qu’il puisse être détruit. Ce n’est clairement pas le mode de fonctionnement le plus efficace de ce type de missile pour espérer avoir un impact significatif sur la défense sol/air ennemie. Il est d’ailleurs intéressant de constater que, des deux restes de missiles HARM documentés retrouvés côté russe, aucun n’a, semble-t-il, atteint son but.

Restes d’un AGM-88D retrouvé en territoire contrôlé par la Russie

Toutefois, sur les réseaux sociaux, les Ukrainiens déclarent avoir ainsi détruit en 72 heures près de 17 systèmes sol/air russes dont 4 systèmes S-300 et un PANTSIR[5]. Ces informations sont bien entendu à considérer avec la plus grande prudence étant donné qu’aucun élément ne permet de confirmer ces déclarations ukrainiennes qui paraissent bien optimiste au vu de la manière dont le missile peut être utilisé.

Attaques de brouillage contre les satellites

L’attaque qui a eu un effet militaire sensible et mesurable est celle réussie sur le réseau satellitaire américain KA-SAT qu’utilisait l’armée ukrainienne. Ce n’est toutefois pas une action de guerre électronique qui en est à l’origine mais une attaque informatique qui a réussi à neutraliser l’utilisation de ce réseau de satellites, tant pour l’armée ukrainienne que pour les autres clients européens de cet opérateur. Les forces russes ont aussi tenté, mais sans succès jusqu’à présent, des cyberattaques sur la constellation STARLINK maintenant largement utilisée par leur adversaire. Elles ont également réalisé plusieurs actions de brouillage contre la constellation grâce à leurs systèmes de brouillage de satellite RB-109A « Bylina », Tirada-2 ou Krasukha-4, dont c’est aussi une des fonctions. Face à ces attaques, la société STARLINK a mis en place un correctif logiciel qui aurait permis de limiter les effets du brouillage à quelques courtes interruptions de service. En effet, la multitude de satellites défilant en orbite basse rend difficile un brouillage global car les récepteurs ont toujours moyen de basculer sur un autre satellite. Les systèmes russes ne sont conçus que pour brouiller les satellites de communication géostationnaires. Ils ne peuvent perturber en simultané un nombre important de satellites. Il faudrait mobiliser plusieurs systèmes qui brouillent en temps réel tout satellite qui apparaît. En conclusion, la gêne occasionnée par ces actions est restée limitée et n’a pas pu réellement entraver les communications satellitaires ukrainiennes utilisant cette constellation. Il n’est toutefois pas surprenant que les Russes ne disposent pas du matériel nécessaire pour contrer ce type de constellation de satellites qui rentre à peine en service commercial. La constellation STARLINK n’est d’ailleurs officiellement en service commercial que depuis février 2021.

La GE pour le renseignement

Un aspect de la guerre électronique, bien moins visible car totalement passif mais néanmoins essentiel, concerne le renseignement d’origine électromagnétique (ROEM). Les deux camps utilisent beaucoup les écoutes des émissions électromagnétiques ennemies, que ce soit pour situer (et non localiser)[6] les systèmes sol/air, les troupes ou les postes de commandement adverses, et même pour écouter le contenu des communications radio car, par manque de matériel adapté en nombre suffisant, elles sont souvent non chiffrées donc intelligibles. Le ROEM est une source précieuse de renseignement. En ce qui concerne le ciblage des centres de commandement, il semblerait que les Ukrainiens se montrent, avec l’appui très marqué de Washington sur ce volet, relativement efficaces puisqu’ils ont réussi à cibler plusieurs centres de commandement russes. Difficile, à ce stade du conflit, de connaître exactement l’impact opérationnel du ROEM sur les opérations militaires mais nul doute qu’il est exploité par les belligérants et, dans le cas de l’Ukraine, par leurs soutiens (c’est une des sources principales des renseignements que les Occidentaux fournissent aux Ukrainiens). Les deux camps disposent des équipements nécessaires à cette mission. A ceci peut se rajouter le fruit des circonstances, comme la localisation des soldats russes faite par les Ukrainiens grâce aux GSM et aux IPOD volés par les soldats[7].

Les Russes disposent de toute leur gamme de véhicules dédiés à la guerre électronique (R-330BMV Borisoglebsk-2B, R-330ZH Zhitel, Torn-MDM, RB-636AM2 « Svet-KU » etc.), ce qui leur permet d’agir sur tout le spectre électromagnétique en écoute et brouillage. En dehors de leur drone ORLAN-10, dont une version est spécialisée pour l’interception des réseaux GSM, et de quelques avions dédiés, l’essentiel de leurs moyens sont terrestres. Les Ukrainiens, de leur côté, disposent de quelques équipements nationaux comme le MANBAT-B1E R-330UM[8] dont deux exemplaires ont été livrés, mais surtout de systèmes hétérogènes fournis par Washington.

MANBAT-B1E R-330UM ukrainien

Autre point intéressant, il semble que les radios amateurs ukrainiens aient connecté leurs récepteurs radio SDR (Software Defined Radio) à internet (maintenu en service) afin de pourvoir les utiliser à distance. Ainsi les Ukrainiens bénéficient sur leur territoire de tout un maillage de capteurs qui reste actif tant que celui-ci est connecté à leur propre réseau, même sur les zones occupées par l’ennemi ; ils peuvent ainsi surveiller l’activité radio russe et écouter ce qui est émis en clair. Le nombre de récepteurs disponibles leur permet ainsi de pouvoir localiser les différentes unités, d’anticiper l’arrivée d’aéronefs (écoute des fréquences aéronautiques) et de connaître les intentions/problèmes auxquels est confronté leur adversaire. Toutefois, cela est de moins en moins vrai à mesure que l’administration russe prend en charge les territoires occupés et déconnecte les terminaux du réseau internet ukrainien. A noter que les Russes, conscients de la vulnérabilité induite par l’utilisation de communications en clair, feraient appel à des opérateurs radio maîtrisant certains dialectes mongols afin de sécuriser le contenu de leurs échanges en phonie (parole). Cette manière de faire rappelle celle utilisée dans le Pacifique par les Américains pendant la seconde guerre mondiale où ils ont utilisé des Navajos afin que les Japonais ne puissent comprendre les échanges radio.

La GE pour la lutte antidrone

Là où la guerre électronique fait le plus parler d’elle, c’est au niveau de la lutte contre les drones. En effet, les drones représentent aujourd’hui une menace permanente bien réelle pour les deux camps. Chacun cherche à se protéger des drones adverses donc à les détecter et à les neutraliser.

Les Ukrainiens utilisent leurs propres matériels antidrones :

– les Bukovel-AD, KVSG-6 (détection et brouillage des communications des drones ainsi que des GNSS),

– quelques exemplaires du système de détection/brouillage des drones et de détection radars « NOTA »[9] (couvrant de la bande L à X),

– des dispositifs fournis par les Occidentaux (110 EDM4S Sky Wipers lituanien, de 4 radars antidrones US, des matériels fournis par DroneShield, Rohde & Schwarz, D-FEND, Dedrone, CERBAIR…),

– ainsi que des systèmes DJI AEROSCOPE pour contrer les drones DJI (les autorités ukrainiennes accusent DJI d’en avoir limité les performances).

Or, les drones les plus petits sont très difficiles à détecter par les radars des systèmes sol/air et, sur le théâtre ukrainien, c’est souvent la détection radio fréquence des liaisons de données qui sert d’alerte. Le brouillage reste donc un bon moyen de neutraliser la menace. Aussi, les unités de guerre électronique russes seraient des cibles prioritaires pour les Ukrainiens qui entendent protéger la mise en œuvre des drones qui sont devenus essentiels pour leur armée[10]. D’ailleurs, côté russe, le brouillage serait, aujourd’hui, le moyen le plus utilisé pour contrer ces drones ukrainiens car, que ce soit pour la détection ou la neutralisation, le matériel nécessaire est le seul qui soit assez compact et transportable pour être utilisé par les unités légères. Il semblerait d’ailleurs que certaines unités d’artillerie russes disposent de systèmes AEROSCOPE de DJI afin de détecter et de connaître la position du pilote si un drone DJI ukrainien vient à prendre l’air, l’objectif étant de frapper la position donnée par l’AEROSCOPE avec l’artillerie. La réactivité avec laquelle l’artillerie russe agit, quelques minutes (3 à 5 mn) entre la détection et le tir, aurait obligé les forces ukrainiennes à revoir l’emploi de leurs drones DJI en imposant aux pilotes de drones d’être en permanence en déplacement afin d’éviter les frappes d’artillerie.

Système anti-drone « NOTA » de la société Tritel

Côté russe, malgré la présence de quelques fusils brouilleurs antidrones (STUPOR, HARPOON-2 et 3, LPD-801..) surtout destinés à neutraliser les drones civils, il y a également un manque de disponibilités de matériels antidrones par rapport aux besoins. Les forces russes n’ont que peu d’avions ennemis à brouiller mais, par contre, la prolifération des drones sur le terrain fait que leurs systèmes de guerre électronique (ceux dont la gamme de fréquence est compatible comme le SHIPOVNIK-Aero) sont aujourd’hui souvent utilisés à cette tâche. Le SHIPOVNIK-Aero a une portée de 15 km et détecte les fréquences des liaisons de données des drones. Il lui faut environ 25 secondes pour analyser les fréquences de contrôle des drones et à peu près 2 secondes pour reconfirmer les fréquences de contrôle des modèles déjà rencontrés. Il bloque ensuite la fréquence de commande et peut détourner le positionnement de certains drones de sorte que les protocoles de « retour à la base » amènent l’engin à atterrir à un endroit désigné par les Russes. Le SHIPOVNIK-Aero dispose de deux postes de travail et peut engager deux drones à la fois. Son brouillage directionnel est délivré avec une ouverture angulaire d’environ 3 degrés. Bien que ces systèmes ne soient pas complètement disponibles pour toutes les unités russes, leur présence est devenue généralisée sur le terrain.

Néanmoins, ce n’est pas forcément leur fonction première ; leurs capacités sont parfois surdimensionnées pour cette tâche et cela oblige à les positionner parfois très près de la ligne de front donc à les exposer. Mais surtout, les moyens disponibles restent très insuffisants pour offrir aux soldats une protection suffisante.

Système de brouillage SHIPOVNIK-Aero

La guerre en Ukraine est considérée, sur bien des aspects, comme un conflit de haute intensité. Si c’est vrai concernant les combats terrestres, compte tenu de leur violence et des moyens engagés, ce n’est pas le cas dans tous les domaines. Pour des raisons, autant structurelles propres à ce conflit qu’opérationnelles, les actions de guerre électronique restent, à ce stade, à un seuil assez éloigné de la haute intensité. Il faut donc rester prudent quant aux extrapolations qui pourraient être faites sur un autre contexte opérationnel, géographique ou politique. La retenue observée sur l’utilisation des moyens de guerre électronique, surtout concernant le brouillage, est la conséquence d’une situation particulière et non le révélateur d’une déficience opérationnelle ou technique russe. D’ailleurs, le fait que les Russes aient rapidement su convertir l’emploi de leurs équipements pour se protéger contre les drones est un indice fort quant aux capacités réelles des matériels et des opérateurs qui ont su s’adapter. Si demain la Russie doit, à son tour, résister à une offensive, il est évident que ses matériels de guerre électronique seront bien plus mis à contribution surtout si les aéronefs, radars et systèmes sol/air utilisés par l’adversaire sont d’origine occidentale. Il ne faut pas oublier que l’armée russe est historiquement davantage centrée sur la défense de son territoire d’où la faiblesse connue de ses moyens logistiques et la prééminence de ses systèmes terrestres de guerre électronique au détriment de ceux aéroportés.


[1]     https://breakingdefense.com/2022/03/local-russian-gps-jamming-in-ukraine-hasnt-affected-us-support-ops-so-far/

[2]     https://cf2r.org/rta/que-nous-apprend-la-guerre-en-ukraine-sur-la-guerre-aerienne-et-la-defense-antiaerienne-dans-un-conflit-de-haute-intensite/

[3]     https://theaviationist.com/2022/08/21/ukrainian-mig-29s-are-hunting-russian-radars-with-agm-88-harm-missiles/

[4]     https://www.youtube.com/watch?v=qHm26IQYejo

[5]     https://www.kyivpost.com/russias-war/pentagon-confirms-ukraine-has-high-tech-harm-missiles-17-kremlin-anti-air-systems-reportedly-hit.html

[6]     https://cf2r.org/rta/localiser-les-emetteurs-radio-electriques/

[7]     https://taskandpurpose.com/analysis/russia-ukraine-cell-phones-track-combat/

[8]     https://www.iskra.zp.ua/files/2018/en_mandat-b1er.pdf

[9]     http://theinteldrop.com/2022/06/04/russia-captures-tritel-electronic-warfare-system-abandoned-by-ukrainian-deserters/

[10]   https://www.lefigaro.fr/international/en-ukraine-les-drones-civils-sont-devenus-des-armes-20220318